Débat avec Stewart Chau, consultant politique chez Viavoice.

C’est de bonne guerre. L’opposition promet une leçon au pouvoir tandis que la majorité minore la portée nationale d’une élection centrée sur des problématiques locales. Mais qu’en est-il, au terme de ces élections municipales inédites, et dans un contexte de crise sanitaire, sociale et économique ? Quels sont les enseignements du scrutin pour la fin du quinquennat ?

Propos recueillis par Chloé Martin, 

« Un baromètre des dynamiques électorales »

 

Il sera très intéressant, à l’issue du second tour des élections municipales, de voir comment s’est comporté l’électorat d’Emmanuel Macron. Une hypothèse, c’est qu’il se prononce en faveur de listes conduites par des forces de gauche, écologistes et socialistes. On peut imaginer que cela dénote une attente de réinvention de la ligne politique d’Emmanuel Macron.

 

Au président de la République de faire alors le choix d’écouter ou non ces dynamiques. Et au parti présidentiel d’entendre le comportement de sa base électorale. Les municipales donnent toujours à un parti une photographie à un instant T des aspirations de son électorat. Tel un baromètre qui prend la température des différentes dynamiques qui le traversent.

 

La situation, en effet, le requiert. Nous sommes dans un contexte très particulier avec des mouvements sociaux de grande ampleur et une crise sanitaire inédite. Face à tout cela, la République en Marche est un parti extrêmement jeune, sans aucun ancrage territorial. Et même si on voit dans les résultats la capacité du parti présidentiel à s’implanter localement en partant de rien, même si on soutient qu’il ne sort pas affaibli du scrutin, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’en sort pas non plus grandi.

 

Ces municipales auront des conséquences sur la fin du quinquennat.

Au terme de cette campagne, il reste une interrogation : le logiciel Macron a-t-il du sens au niveau local ? Car si LREM prône le dépassement des clivages à l’échelle nationale, force est de constater qu’au niveau local, c’est plus difficile.

Paris en est un exemple flagrant. Ces élections auront montré la nécessité pour le gouvernement d’incarner une synthèse entre des aspirations nationales et des lignes politiques plus affirmées localement. En ce sens, il est évident que ces municipales auront des conséquences sur la fin du quinquennat.

 

Ces élections intermédiaires sont toujours difficiles à négocier pour la majorité présidentielle, car elle a tout à perdre. Non pas qu’il existe forcément un vote sanction. Les Français déclarent majoritairement voter pour des enjeux locaux et ne pas sanctionner le gouvernement. Mais la politique locale est aussi une traduction de dynamiques et d’attentes nationales. De ce point de vue, les résultats sont à lire comme un message pour l’acte III du quinquennat, et non comme une marque de défiance seulement.

En 2014, le contexte politique de désaveu et de désillusion avait sans doute favorisé la chute du parti socialiste aux élections municipales. Et conduit François Hollande à changer de premier ministre. Aujourd’hui, Édouard Philippe peut-il incarner de manière crédible un renouveau de la ligne politique du gouvernement ? C’est la question à se poser, notamment en vue de l’élection présidentielle de 2022.

« Renforcer la majorité présidentielle »

Stanislas Guerini, délégué général de La République en Marche

Il ne faut pas confondre le local et le national. Les élections municipales sont une échéance locale dont on ne peut pas tirer de conséquences nationales. Ce scrutin conforte les maires sortants.

Et pour un mouvement comme LREM qui entre dans la politique française, en particulier à l’échelle locale, c’est une première étape, une première implantation qui en appellera d’autres. Est-ce que nous réussirons à faire émerger une génération d’élus locaux marcheurs ? La réponse est oui. Ils ne seront peut-être pas tous maires de suite, mais de cette génération de conseillers municipaux, d’adjoints, naîtront les futurs édiles de La République en Marche.

 

J’avais fixé l’objectif de 10 000 élus locaux LREM, et je pense que nous l’atteindrons. À l’issue du second tour, nous aurons certainement des centaines de maires marcheurs, dans des grandes villes de France comme Tourcoing ou Nevers, mais aussi dans des communes de plus petite taille.

Cela permet d’ailleurs de démentir l’idée selon laquelle nous sommes un parti des métropoles. Ces élections municipales vont nous permettre de nous ancrer dans des communes rurales et cela comptera énormément pour continuer à faire grandir le mouvement.

Faire émerger des personnalités

Les électeurs nous le disent élection après élection, ils sont dans une logique de dépassement des clivages partisans. De nombreux maires ont également fait du « En Marche » avant En Marche, en rassemblant des personnalités venant de tous les bords de l’échiquier politique dans un arc républicain. Je ne suis pas parti dans cette logique partisane de vouloir planter le drapeau de LREM dans telle ou telle ville.

Notre stratégie n’a jamais été de faire basculer par dizaines les grandes villes, cela n’aurait pas été compris. Nous avons fait émerger localement de nouvelles personnalités qui nous apporteront beaucoup pour l’implantation du mouvement. Ce seront des relais essentiels qui travailleront avec la majorité présidentielle pour que notre action soit plus efficace sur le terrain.

 

Nous devons tirer une leçon de ces élections municipales : la division est un poison. On l’a vu, là où nous étions divisés, nous avons été mis en difficulté. Aux prochaines échéances, nous aurons le devoir de rassembler les forces progressistes pour renforcer la majorité présidentielle. Mais il n’y a en aucun cas de désaveu de la politique d’Emmanuel Macron.

S’il y avait eu une volonté de sanctionner le gouvernement, celles et ceux qui se sont présentés en tant que ministres, avec l’étiquette ou le soutien de notre formation politique, n’auraient pas été réélus ou en aussi bonne posture à l’issue du premier tour. Et la volonté du président de la République de se réinventer ne fait pas suite à un supposé vote sanction mais à la crise sanitaire, économique et sociale.